Interview de Soufyane Moulin

Voici l’interview de Soufyane Moulin, jeune jockey passionné par son métier…

Pourrais-tu te présenter et nous expliquer ton parcours?
« J’ai commencé comme apprenti chez Adrien Lacombe, où j’ai passé un an. Je suis ensuite allé chez Patrick Monfort, pour ma deuxième année, en 2008. J’ai voulu commencer à prendre de l’expérience à Paris, je suis donc parti travailler chez Cédric Boutin en 2009. Ça s’est bien passé, j’ai appris à vraiment monter, il m’a fait monter une trentaine de fois en course. J’ai été pris d’un petit coup de folie, je suis parti. Ça ne se passait plus très bien, et c’est quand même quelqu’un d’assez dur, et je pense que je n’avais pas les nerfs suffisants pour continuer. J’ai donc été chez Alain de Royer-Dupré, chez qui je ne suis resté que trois mois. Je n’ai monté qu’une course mais c’était mon premier gagnant!  Après ça, je suis parti trois mois aux Etats-Unis, c’était l’hiver et je n’avais pas envie de rester à Chantilly. Finalement, je suis allé chez Christophe Clément, pour voir comment ça se passait pendant un mois. J’ai ensuite fait le meeting de Cagnes sur mer en free-lance, mais je ne montais pas beaucoup et c’était difficile de sortir du lot. Je suis retourné chez Cédric Boutin, juste pour monter un ou deux lots le matin. Il a commencé à me faire monter un peu, et je me suis mis à monter quatre lots tous les jours. C’est en 2011 qu’il a commencé à me faire monter vraiment, j’ai eu 400 montes avec pas mal de gagnants, une petite dizaine. Parallèlement cette année-là, je montais en Allemagne tous les week-ends, sept courses par réunion. Je montais de bonnes courses pour tout le monde là-bas. Pour 150 montes, j’ai fait 8 gagnants! Il n’y a des courses que les dimanches, en tant que jockeys, nous sommes vus différemment, nous sommes beaucoup plus médiatisés qu’en France. C’était sympa, j’aimais bien! L’année d’après, Cédric Boutin m’a dit que ce n’était pas très utile d’aller là-bas, et il avait raison, ça me faisait perdre des gagnants pour ma décharge. L’année dernière, j’étais déjà à 35 gagnants, il m’a fait monter un peu plus et j’ai pu faire 15 gagnants en 400 montes. Cette année, j’ai eu un début un peu difficile, j’ai arrêté chez Cédric Boutin pour me concentrer chez Pascal Bary, chez qui je montais un lot tous les matins depuis un an. Il a récupéré mon kilo de décharge et a commencé à me faire monter, j’ai fait un gagnant pour lui, et je suis à mon huitième aujourd’hui. J’ai eu l’occasion de monter pour André Fabre cette année, après ma sortie de chez Cédric Boutin. Je pense que j’avais besoin de ça pour prendre mon envol, Cédric Boutin, c’est une très bonne école, mais il a tellement de partants qu’il faut parfois refuser de monter chez d’autres entraîneurs, et maintenant je peux me libérer et monter un peu partout, dont des grandes maisons: Jean-Claude Rouget, Marc Pimbonnet, James-Stan Moore, un grand entraîneur anglais. J’espère que ça continuera comme ça! C’est vrai que qu’il y a des passages à vide, c’est difficile, les grands jockeys sont là et même avec la décharge, certains entraîneurs préfèrent prendre un jockey confirmé. Mais ça se passe plutôt bien pour moi, je suis satisfait. Pour sortir du lot, il faut montrer qu’on est là, qu’on est motivé, qu’on peut monter. Et c’est dans les passages à vide qu’il faut le montrer le plus. Aujourd’hui chez Pascal Bary, je suis en fin de décharge, je dois être à 55 ou 60 gagnants, et je profite de ça pour monter pour de grandes casaques autant que je peux! J’aurais peut-être l’occasion par la suite, mais on ne sait pas de quoi demain est fait, et c’est un métier où l’on vieilli assez vite. J’ai 23 ans, il me reste encore deux ans avec la décharge, mais je pense que j’en aurais profité! Je pense que les apprentis doivent profiter de la décharge au maximum par ce qu’elle leur permet de monter beaucoup, et de cumuler de l’expérience. Si j’avais un conseil à donner à un apprenti, c’est de progresser grâce à la décharge, à monter autant de parcours différents que possible, tout échec est bon pour apprendre! »

Comment t’est venue l’idée de travailler dans les courses?
« Je fais du concours hippique depuis toujours. J’ai toujours aimé les chevaux! Après une seconde générale, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose et je me suis lancé là-dedans. Je ne suis pas quelqu’un de très patient, il fallait que ça aille vite! J’ai eu de la chance, je ne me débrouillais pas trop mal et j’ai pu monter en course assez vite. Mais je n’étais pas prédestiné à ça. J’aime beaucoup les chevaux, et ça a été un problème, j’ai tendance à beaucoup m’y attacher. J’allais en concours hippiques tous les week-ends, je ne faisais que ça, et je montais toujours les deux mêmes poneys. En courses, je me rends compte qu’il ne faut pas les aimer. On les aime forcément parce qu’on a un réel contact avec l’animal, mais c’est très court. S’y attacher, ça apporte beaucoup de déception. Il y a eu des chevaux avec qui j’ai vécu plein de choses, avec qui je suis tombé, on a eu de grandes histoires! Mais un jour ils s’en vont et en tant que jockey, on ne peut pas être faible, il faut tout garder pour soi et faire abstraction de tout ça. Mais bon, les chevaux de course, c’est un univers particulier, et je l’aime beaucoup, je suis un passionné avant tout! »

Qui ont été les chevaux importants pour toi?
« Celui avec qui j’ai gagné ma première course, Treize Heureux. Je suis ému quand j’en parle, c’est le cheval de ma vie, il est formidable! Je l’ai monté une cinquantaine de fois en course, il m’a fait gagner 6 fois, nous avons fait l’arrivée souvent. J’ai gagné à Longchamp avec, et gagner sur ce champ de courses c’est déjà prestigieux. C’est un cheval que je montais le matin, et avec qui je suis tombé à Marseille. Il m’a tout fait! D’être allongé à côté de lui pendant qu’il mangeait de l’herbe, à me faire tomber dans le gazon! Après il y a eu d’autres chevaux, Le Falgoux, avec qui j’ai gagné quelques courses et que j’ai beaucoup monté. Quand on est dans une écurie comme celle de Cédric Boutin, on est un peu obligé de s’y attacher. Les chevaux courent souvent et on est amené à les monter régulièrement. C’est quelqu’un qui est très droit, et il nous fera toujours monter le cheval, même si ça se passe mal une fois ou deux, on le remonte toujours. On ne peut que s’y attacher! Je suis assez sentimental, et c’est vrai que lorsque je gagne avec un cheval, ne serait-ce que par la victoire, il m’apporte quelque chose et je lui apporte de l’affection en retour. Et tous les chevaux en ont besoin! »

Il y a eu des modèles, des gens importants dans ta carrière?
« Oui, bien sûr! Stéphane Pasquier, c’est un ami, il donne beaucoup de conseils. On travaille les chevaux ensemble le matin chez Pascal Bary, c’est quelqu’un qui fait souvent des blagues, je l’aime beaucoup. J’admire aussi beaucoup Christophe Soumillon, pour moi, c’est la perfection! Très gentil en tant que personne, et c’est le meilleur, pour moi, c’est un modèle à suivre. »

Tu as des objectifs pour cette année puis à plus long terme?
« Non, je n’ai pas d’objectif particulier. Ce qui m’intéresserait, ce serait de percer chez Pascal Bary. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup, il entraîne des chevaux de qualité, je monte de bons chevaux le matin, et j’aimerais pouvoir les monter en course. C’est une écurie où il ne faut pas décevoir, il faut être à 100% de ses moyens à chaque fois. Je pense que percer chez lui m’ouvrirait quelques portes. L’étranger j’ai déjà fait, j’ai voyagé un peu, donc monter de bonnes courses est mon principal objectif. J’ai déjà monté pour de belles casaques, c’est un grand honneur, et je pense que si j’arrêtais ma carrière demain, je n’aurais pas regret. Mais je n’arrêterai pas demain!! »

Tu as des activités en dehors des courses, des passions?
« Oui, j’aime bien sortir. J’habite Paris et j’adore cette ville: Montmartre, me balader, faire du Vélib’, sortir boire un verre en terrasse avec des amis quand il fait beau, je fais beaucoup de shopping,… les petits plaisirs de la vie! J’aime les belles voitures aussi! »

Un dernier mot pour les lecteurs?
« Je reste moi-même, je ne joue aucun rôle. Il faut rester la tête sur les épaules, garder les idées claires, et saisir toutes les bonnes opportunités dans la vie! »

 

Merci Soufyane!!

 

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