Hippodrome de Milan

Chantilly, Marseille, « little Italies » des courses hippiques

En Italie, les courses hippiques ne sont plus autant suivies qu’il y a 20 ou 30 ans. Aussi en 2012, le gouvernement italien a réduit de 50 % les fonds destinés au secteur hippique. De plus, l’Unire, l’institution qui paie les entraineurs, jockeys, et propriétaires ne donne plus un centime et beaucoup doivent désormais vivre sans salaire. Bien que ce problème touche plus de 50 000 personnes dans le pays, les médias n’en ont pas parlé. Aujourd’hui beaucoup d’hippodromes sont fermés et les quelques champs de courses ouverts sont déserts.

Les Italiens dépendants des courses hippiques ont alors eu le choix : trouver un autre emploi, ce qui est difficile puisque beaucoup n’ont pas d’autre formation, ou partir. C’est alors qu’au début de la saison hippique 2012, nous avons pu voir des noms italiens s’inscrire sur les programmes des courses en France. Pour beaucoup, la France est un rêve et la crise leur a permis de la réaliser. « La France est le meilleur pays pour être jockey. Que ce soit pour les allocations, les entraîneurs, les chevaux,… Tous les gens qui travaillent dans le milieu sont de vrais passionnés ici, c’est super! » assure Cristian Demuro, jockey de 22 ans « je vais sûrement m’installer définitivement. » Cela fait maintenant plusieurs saison que nous avons l’occasion de voir monter Demuro en France pour de nombreux entraineurs cantiliens, tout comme ses collègues Lanfranco Dettori, Jessica Marcialis, ou bien Umberto Rispoli.

Les jockeys transalpins s’étant installés en France, ils n’ont pas tardé à être suivis par des entraineurs, amenant avec eux leurs cavaliers et jockeys. Il n’est donc pas étonnant de trouver un personnel en majorité italien dans des écuries à Chantilly, comme chez Alessandro Botti par exemple. « Je suis venu en France parce qu’un entraineur italien allait à Marseille pour 3 ou 4 mois. Il m’a demandé si je voulais venir avec lui pour travailler. L’idée m’a plue et je suis parti au moment de la fermeture de l’hippodrome de Milan. Je n’ai pas choisi d’aller à Marseille. L’entraineur allait là-bas et je l’ai suivi. Pour aller à Chantilly, il faut de très bons chevaux, et nous ne les avions pas. » raconte Sergio Urru, 35 ans, jockey. Il n’a cependant pas fait le choix de rester en France. « Je suis retourné en Italie parce qu’en France, sans une grande écurie, il est impossible de rester. Avec le peu de chevaux italiens que nous avions à Marseille, c’était difficile de bien faire en course. Quand la saison a reprise en Italie, je suis reparti. Mais j’ai vraiment adoré la France et j’espère y retourner au plus vite. »

Il n’est donc pas rare d’entendre parler italien quand on se promène dans les rues cantiliennes, ou sur les pistes d’entrainement marseillaises. A Chantilly, il existe des résidences où la majeure partie des locataires sont des immigrés transalpins. Une petite communauté s’est donc créée et s’agrandit petit à petit puisque ce sont depuis peu les apprentis jockeys qui viennent en France pour obtenir leur licence de jockey professionnel. Beaucoup d’entre eux ne parlent cependant pas un mot de français, ce qui favorise une certaine exclusion et pose des problèmes lorsqu’il s’agit de trouver des montes dans des écuries françaises. Outre le nombre de migrants qui ne cesse d’augmenter, la crise que subit le monde hippique en Italie a aussi comme effet de favoriser les jeux et les courses illégaux et virtuel, grâce à Internet. Bien que certains paiements de la part de l’Unire arrivent aux professionnels partiellement et avec plusieurs mois, voire années de retard, il va falloir beaucoup de temps pour que les courses hippiques italiennes redeviennent ce qu’elles étaient il y a 20 ans.

Hippodrome de Milan jessicamarcialis

Interview de Jessica Marcialis

A seulement 23 ans, Jessica Marcialis a su s’imposer dans le milieu hippique en devenant championne du monde des cavalières. Elle a accepté de répondre à quelques questions…

Pourrais-tu te présenter et nous expliquer ton parcours?
« J’ai commencé avec des chevaux de concours. J’ai monté des poneys, puis des chevaux. Quant à la passion pour les courses, je ne pouvais que l’avoir, car en Italie, toute ma famille est dans ce milieu. J’ai commencé à monter en course en 2008, et aujourd’hui j’ai comptabilisé plus de 80 courses: le Fegentri, deux fois le Championnat Italien comme cavalière mais aussi amateur. J’ai gagné dans plus de 10 pays différents! »

Tu es championne du monde, comment tu as vécu la course qui t’as apporté ce titre?
« Pour moi ce qu’il y a de plus important, ce n’est pas la victoire, mais le parcours. C’est un parcours unique qui change beaucoup de ce que j’ai pu connaître et qui m’a poussée à vivre ici, en France, pendant huit mois. J’ai eu l’occasion de courir avec des filles fantastiques. Mais c’est vrai que j’ai gagné avec beaucoup d’émotions, surtout que j’ai aussi remporté la dernière course du Championnat Fegentri, à l’île Maurice. C’était un moment unique »

Quel est ton travail en dehors des courses?
« En Italie, j’étais étudiante à l’université. Je pouvais donc monter un ou deux chevaux de mon écurie puis aller étudier. Quand je me suis installée ici, mon père m’a donné un cheval, et aujourd’hui je me dédie entièrement aux chevaux. Je me donne tous les moyens possibles pour tenter une nouvelle expérience, qui est celle de changer de licence et devenir jockey. »

Ça n’est pas trop difficile de t’imposer en tant que femme?
« Les femmes prennent une place de plus en plus importante dans tous les milieux, et donc aussi dans le notre. Ici en France, il y a des courses réservées aux femmes jockeys ou aux cavalières, nous avons une vraie place. Je sais qu’il y a peu de chances que je monte un jour l’Arc avec Soumillon, mais j’espère faire quelques chose de bien avec la place qu’on me donne! »

Pourquoi avoir choisi de venir monter en France?
« J’ai choisi la France parce que le mode de vie est assez proche de celui de l’Italie. Je voulais aussi voir si j’arrivais à obtenir des résultats dans les courses d’amateurs. Au début il y avait peu de demande, mais au final maintenant j’arrive à monter régulièrement! »

Il y a eu des personnes importantes pour toi dans ton parcours?
« Les personnes qui m’ont le plus aidé à être celle que je suis sont les membres de ma famille. Particulièrement ma sœur, elle me pousse à donner le meilleur et elle a toujours cru en moi. Quand je voulais repartir, elle m’a poussée à rester et à en faire plus. »

Il y a eu des chevaux qui ont compté?
« Tous les chevaux sont importants, chaque victoire, mais aussi tous les autres. Ils m’ont tous aidée à être moi. Mais celui qui a le plus compté est celui que j’ai ramené ici, Morrocoy. Sur 7 courses, nous en avons gagné deux, toutes les autres sont des places. Quand on me l’a acheté, ça a été comme perdre un membre de ma famille. Il était la seule chose que j’apportais de l’Italie avec moi ici. J’avais aussi gagné avec lui à Deauville, il restera unique! »

Tu as un objectif particulier pour cette année?
« Oui, essayer de monter avec des jockeys est l’objectif le plus important. Après, arrivera ce qui arrivera. Je veux savoir jusqu’à quel point je peux aller! »

Tu as d’autres activités en dehors des courses?
« J’aime cuisiner, et manger! J’aime la vie simple, je n’aime trop la vie mondaine. Et bien que je me consacre à 100% aux chevaux, c’est important de savoir vivre normalement. Même si je regarde aussi les courses de Dubaï à la télévision, c’est important de vivre normalement. J’aime aussi beaucoup lire, ou sortir avec mon compagnon. »

Un dernier mot?
« Que tu sois jockey ou amateur, le cheval, c’est ton travail, ton activité, et avant tout une passion! Et il ne faut jamais oublier ça selon moi, c’est le moyen d’être toujours heureux! »

 

Grazie mille Jessica!!

Ed ecco qui l’intervista in italiano!

Maurizio Vargiu Rap Race II demuromirco salvamo i cavalli

« Salviamo i Cavalli! »

En Italie, la crise économique touche également le secteur hippique, environ quinze mille étalons, risquent de finir à l’abattoir. Les courses italiennes étaient déjà en grande difficulté, et cela ne va pas en s’arrangeant…  Continue reading